Encore une commune qui se démarque, vers la transition énergétique et citoyenne.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/07/14/a-dolus-d-oleron-les-habitants-font-revivre-une-ancienne-colonie-de-vacances_5331410_3224.html

A Dolus-d’Oléron, les habitants font revivre une ancienne colonie de vacances

Encouragés par la mairie, ils se démènent depuis quelques mois pour faire d’un site abandonné un nouveau lieu culturel et festif.

LE MONDE | | Par Solène Cordier (envoyée spéciale à Dolus d’Oléron)

Grégory Gendre, le maire de Dolus-d’Oléron, devant l’entrée de la Cailletière.

Le vaste terrain est encore parsemé d’herbes hautes, et les travaux de rénovation des anciens dortoirs sont loin d’être achevés. Mais après des années d’abandon, la Cailletière, une ancienne colonie de vacances située en bordure de Dolus-d’Oléron (Charente-Maritime), revit. En moins de deux ans, quelques dizaines de bénévoles ont débroussaillé ses quatre hectares de terrain, arraché les ronces, réhabilité et sécurisé certains pavillons. Et si le lieu paraît encore sauvage, « il fallait voir ce que c’était il y a encore quelques mois », dit avec le sourire Nicolas, fondateur des Apéros bricolos, qui a aménagé, dans l’un des bâtiments, son atelier de recyclage de palettes.

La municipalité de Dolus, propriétaire du terrain, n’est pas étrangère à cette résurrection. A l’automne dernier, le maire, Grégory Gendre, ancien de Greenpeace élu à la surprise générale en 2014 à l’âge de 36 ans, organise une visite du site pour le faire découvrir aux habitants. A l’époque, les lieux accueillent seulement le chapiteau de la compagnie Aire de cirque, et les deux compères des Apéros bricolos.

« Copier les réussites de McDo »

Le moment choisi pour la visite ne doit rien au hasard. Depuis son arrivée à la mairie, Grégory Gendre lutte contre l’installation d’un McDonald’s sur un autre terrain de la commune, qui appartient à un conseiller municipal de l’opposition. Il juge le projet incompatible avec les principes de transition écologique dans laquelle est engagée l’île : accent mis sur le bio et les circuits courts, soutien à l’agriculture durable… De nombreux habitants, hostiles à l’enseigne de restauration rapide, s’engagent à ses côtés. Des collectifs anti-McDo se montent, sur les réseaux sociaux et dans la vraie vie. Mais en septembre, c’est la déconvenue. Le tribunal administratif de Poitiers, saisi par la marque et le propriétaire du terrain sur lequel McDo a jeté son dévolu, ordonne à la municipalité de signer le permis de construire.

« Un endroit pour les “djeuns”, avec des horaires étendus, du Wi-Fi gratuit et… des produits locaux »

Dans l’attente de la décision de la cour d’appel de Bordeaux, prévue courant juillet, le maire ne se laisse pas abattre. Des réunions publiques et des échanges avec ses administrés, il retient « une chose importante » : les Dolusiens – 3 300 résidents l’hiver, un chiffre qui grimpe à 11 000 l’été – manquent d’un lieu convivial pour se retrouver et manger sur le pouce. « On s’est donc dit qu’il fallait copier les réussites marketing de McDo, et le faire à notre sauce. Créer un endroit pour les djeuns, avec des horaires étendus, du Wi-Fi gratuit et… des produits locaux », résume l’élu. Une version oléronnaise des Grands Voisins, cette expérimentation mêlant projets solidaires, artistiques et associatifs sur le site de l’ancien hôpital parisien de Saint-Vincent-de-Paul. Elle réunirait des associations – les Restos du cœur ont pour projet de s’y installer – et des gens du coin pour des rendez-vous festifs et culturels. Il pense alors à la Cailletière, propriété de la mairie depuis 2008, et qui pourrait bien se prêter à l’expérimentation.

Et c’est ainsi qu’un soir d’octobre, quelques dizaines d’habitants curieux, emmenés par le maire, découvrent, en franchissant le porche, le pigeonnier du XVIe siècle à l’entrée du site, le magnifique pin parasol centenaire un peu plus loin, et les locaux délabrés de l’ancienne colo. Claude, installé depuis une poignée d’années à Oléron pour profiter de sa retraite, fait partie du petit groupe. « En découvrant l’endroit, on a été plusieurs à se dire ce jour-là qu’il avait un sacré potentiel », se souvient l’ex-enseignant.

Noyau dur

Un noyau dur se constitue alors, et se retrouve régulièrement au cours de l’hiver. Les liens se créent, les idées fusent, et une quarantaine d’habitants, de 14 à 70 ans, décident finalement de se rassembler en un collectif au nom vite trouvé : la Colo. Leur objectif :

« Créer un espace de rencontre intergénérationnel, avec une programmation multiculturelle et une petite restauration locale. »

Tous se retroussent les manches et, petit à petit, leur rêve prend forme. Un local est aménagé. Puis une courette, avec bar, fauteuils et mobilier de récup’. Le public est convié pour les premiers événements ; des concerts, une conférence sur les libertés numériques, puis des soirées football à l’occasion de la Coupe du monde…

Gaële et Claude, deux bénévoles de la Colo, à la Cailletière.

Une fois de plus, c’est Grégory Gendre qui appuie sur l’accélérateur. « En mars, il nous a dit : la mairie veut organiser un événement autour de l’alimentation durable à la Cailletière, et comme vous êtes là, vous pourriez donner un coup de main ! », se rappelle dans un éclat de rire Gaële, elle aussi bénévole, qui tient à préciser que « la Colo n’est pas liée à la municipalité de Dolus », dont elle ne reçoit aucune subvention. « D’ailleurs, nous ne sommes qu’un des occupants de la Cailletière », ajoute l’animatrice socioculturelle de 40 ans, en évoquant les autres structures qui se servent du lieu pour la pratique d’activités sportives – yoga, grimpe d’arbres – et des événements culturels ponctuels.

L’affluence dépasse les espérances

Tout ce joyeux monde redouble d’efforts pour l’organisation du Printemps de l’alimentation durable. Et le 21 avril, sous un soleil radieux, plusieurs centaines de personnes découvrent à cette occasion la Cailletière. Au programme : conférences autour des questions alimentaires, ateliers pour les enfants, spectacles et dégustation de produits locaux. L’ambiance est festive, l’affluence dépasse les espérances, et pour les bénévoles, c’est aussi l’occasion de répéter que la porte est ouverte. Et ainsi de faire taire ceux qui n’ont pas manqué, sur les réseaux sociaux, de fustiger un repaire de dangereux gauchistes.

Depuis, la fabrique à projets pour la Cailletière continue de battre son plein. A la mairie, des jardins partagés, la création d’un skatepark et d’un « hub » pour les producteurs de l’île, avec chambre froide et bureau, font partie des prochains objectifs. Pour les réaliser, le maire met la dernière main à un dossier de demande de financement qu’il présentera à la rentrée devant la région Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt destiné aux tiers lieux. Du côté de la Colo, un événement autour de la poésie, en août, est dans les cartons. « On ignore à quoi ressemblera la Cailletière dans cinq ans, dix ans, disent de concert Claude et Gaële. Mais dans l’idéal, ce sera un lieu participatif, ouvert et vivant. »

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