Sud-Ouest : « Zéro chômeur, c’est le pari fou de quatre collectivités »

Relayant ATD Quart Monde, la Communauté de communes de Mauléon (79) va tester cette opération en proposant des CDI à partir des services à rendre et des savoirs des chômeurs. Et si ça marchait ?

Zéro chômeur, c’est le pari fou de quatre collectivités
Bernard Arru, aux Ateliers du Bocage à Mauléon. L’un des acteurs de l’opération « Zéro chômeur ».© PHOTO

PHOTO DOMINIQUE GUINEFOLEAU/« LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE »

«Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. » C’est dans le préambule de la Constitution de 1946. Ce droit, qui n’a jamais été autant bafoué qu’en ce moment, l’association ATD Quart Monde, déjà inspiratrice du RMI (1), a décidé de partir à sa reconquête. Elle a lancé en 2015 son opération « Zéro chômeur de longue durée » à l’échelle des Communautés de communes. Quatre collectivités sont déjà engagées dans l’expérience : Pipriac en Ille-et-Vilaine, Colombey-les-Belles en Meurthe-et-Moselle, Prémery dans la Nièvre et la toute dernière, le Grand Mauléon dans les Deux-Sèvres.

« Non, ce n’est pas une utopie. Ce n’est qu’une question de transferts de fonds.Un chômeur de longue durée coûte 15 200 euros à l’État. Pour payer un salarié au smic, il faut 22 000 euros par an. En versant les allocations chômage ou le RSA (2) à l’entreprise solidaire qui s’engage dans l’opération, on a déjà fait une grande partie du chemin. La différence, c’est le fruit du travail fourni », plaide avec foi Patrick Valentin, chargé du réseau emploi formation à l’association ATD Quart Monde.

Par dérogation législative

L’affaire suit son cours. Notamment dans les ministères, car la loi d’expérimentation du 1er août 2003 donne le droit à une collectivité territoriale de déroger aux dispositifs législatifs sur un temps limité. Ainsi, mercredi 4 février, Bernard Arru, responsable des Ateliers du Bocage, première entreprise d’insertion des Deux-Sèvres, accompagnait Patrick Valentin à Matignon. Ils ont étudié dans le cabinet du Premier ministre les modalités de l’application de cette dérogation législative.

La Communauté de communes de Mauléon, ce sont 8 600 habitants et 250 chômeurs de longue durée. « C’est la taille idéale d’une collectivité pour cette expérience. Mais nous sommes en train de réfléchir pour adapter notre méthode aux plus grandes collectivités. C’est pourquoi nous faisons actuellement le siège des ministères du Travail, de la Santé et de la Solidarité. »

Du travail « semi-solvable »

Patrick Valentin part du principe que ce n’est pas le travail qui manque, c’est l’emploi. « Sur tous les territoires, il existe des services à rendre qui ne sont pas rendus. Nous appelons ça le travail semi-solvable. Il n’intéresse pas les entrepreneurs actuels mais ouvre le plus souvent le champ au travail au noir », poursuit l’un des piliers d’ATD Quart Monde.

Et de citer en exemple « les chauffeurs de taxi de Roissy-Charles-de-Gaulle, qui ne veulent pas prendre de course pour la commune voisine ».

Patrick Valentin parle de l’économie douce ou économie du « prendre soin ». Une économie jusqu’alors laissée de côté parce que non rentable, mais qui pourrait s’avérer – pourvu qu’elle trouve un relais entrepreneurial – une niche à emplois pérennes.

« Il faut partir de l’homme »

« Car il s’agit de proposer des CDI et non des CDD. En cela, nous nous rapprochons plus de l’entreprise adaptée que de l’entreprise d’insertion », précise Bernard Arru.

À Mauléon, ce n’est plus qu’une question de semaines. « La balle est dans le camp de la maison de l’emploi. Elle va recevoir les chômeurs du territoire un par un. Alors que la démarche classique est d’adapter les demandeurs d’emploi au marché du travail, là, nous faisons l’inverse. Nous demandons aux chômeurs quels sont leurs souhaits, leurs compétences, leurs envies. Et nous cherchons dans les activités d’utilité collective ce qui peut leur convenir. Pour lutter contre le chômage d’exclusion, il faut partir de l’homme », poursuit Bernard Arru.

Une fois les entretiens terminés, sera créée une entreprise conventionnée chargée de recruter tous les chômeurs. À Pipriac, où ils ont déjà pu exprimer leurs souhaits, les niches d’emplois ont été identifiées : accompagnement et lecture pour les personnes âgées, entretien des espaces publics…Durée du test, de cinq à sept ans.

Sud-Ouest – 06/02/2015
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